Le Musée d'Archéologie d'Istanbul, une des plus grandes institutions culturelles de Turquie, se trouve dans l'enceinte du Palais de Topkapi. Il abrite l'une des plus importantes collections mondiales de sculptures et de sarcophages ainsi qu'un Musée des Arts Orientaux, un Pavillon de céramiques, une bibliothèque spécialisée, des cabinets de numismatique, des archives de tablettes cunéiformes et des ateliers de restauration et de conservation.

La tradition turque de constituer des collections publiques remonte au règne de Mehmed le Conquérant (1451-1481) qui a installé les collections militaires byzantines dans l'église Saint Irène, dans la première cour du Palais de Topkapi, après la conquête de Constantinople.

Le Musée d'Archéologie d'Istanbul a été créé par Rodosluzade Fethi Ahmed Pasha, le beau-fils de Mahmud II (1808-1839) qui eut pour la première fois l'idée d'une muséographie au sens "moderne".

Par la suite, après un article de l'archéologue français Albert Dumont publié dans la "Revue Archéologique" en 1868, le Grand Vizirat a nommé Edward Goold, un professeur du Lycée Impérial de Galatasaray, en tant que premier Directeur du Musée, que l'on a appelé tour à tour "Musée Royal", "Musée Impérial" ainsi que "Musée Ottoman" dans les correspondances officielles.

Après avoir visité des sites antiques, Goold a publié le premier catalogue du Musée en 1871 comprenant 147 oeuvres décrites en français.

Son successeur, l'archéologue et historien allemand, Anton Dethier, a acquis les collections de Louis Palma di Cesnola, un officier américain d'origine italienne et a installé le Musée dans le Pavillon des céramiques, restauré par l'architecte roumain, Montereana. Après son décès, Osman Hamdi, une grande figure du monde muséographique turc, lui a succédé.

Osman Hamdi, passionné par l'archéologie, a d'abord voulu acquérir des objets scientifiquement classés, organiser des expositions publiques régulières, ouvrir la première Ecole des Beaux-Arts et diriger des fouilles. C'est également alors qu'il était en fonction que l'on a découvert d'importantes ruines près de Sidon autrefois inclus dans les frontières de l'Empire Ottoman et qui se sont révélées être la nécropole des anciens rois de Sidon. Ces objets, parmi lesquels figurait "le Sarcophage d'Alexandre' ont été transportés à Istanbul avec d‚énormes difficultés. Osman Hamdi a publié ses travaux sous le titre de "Une nécropole royale à Sidon" avec l'aide de l'archéologue français, Théodore Reinach.

Ce nouvel exploit a été un tournant dans l'histoire du Musée d'Archéologie d'Istanbul et lui a donné l'éclat et l'importance nécessaires aux fins d'obtenir des fonds publics. Osman Hamdi a demandé à l'architecte Alexandre Vallaury d'émettre un projet pour un nouveau musée. Vallaury a conçu son projet à partir du "sarcophage des pleureuses" découvert à Sidon. Le Musée a ouvert ses portes au public le 13 juin 1891 et son premier catalogue a été préparé par l'archéologue français A. Joubin.

Ce nouveau complexe a été non seulement le premier bâtiment en Turquie édifié dans le perspective d'être un musée, mais c'est aussi l'un des musées les plus importants du 19ème siècle, par ses qualités techniques et architecturales et ayant réussi en l'espace de deux décennies à se situer au rang d'un des plus grands musées internationaux. Le besoin d'espace pour accueillir les nouvelles acquisitions se faisant progressivement sentir, la seconde phase de construction a été entreprise entre 1903 et 1907.

Une aile s'est ajoutée aux constructions initiales lors des célebrations du centième anniversaire de l'institution en 1991 et le Musée a obtenu la distinction du "Musée Européen de l'année" du Conseil de l'Europe pour ses qualités de conservation et de présentation des collections.

Le Musée d'Archéologie d'Istanbul possède une grande collection de marbres sculptés de toutes les périodes de l'antiquité et de toute catégorie de production. Ces objets proviennent de toutes les régions qui faisaient partie de l'Empire Ottoman, allant des Balkans à l'Afrique du Nord, de Mésopotamie à la péninsule arabe, et particulièrement de l'Anatolie où la culture de la cité antique sur le modèle classique s'est développée aussi bien dans la période héllenistique que sous l'Empire romain. Istanbul était bien sûr Constantinople, la capitale de l'Empire romain d'Orient, fondée en 324, et le musée abrite également une collection unique de la période romaine.

Le projet de ligne de chemin de fer (appelé Marmaray) doit passer sous le Bosphore pour relier l'Europe à l'Asie. Les travaux ne pourront débuter qu'après examen des sites par des archéologues et le feu vert des autorités.

Une vingtaine de chercheurs ont ainsi hérité d'une zone de 26.000 m2 à Yenikapi, au coeur de la rive occidentale.

Depuis novembre 2004, aidés par 150 ouvriers, les archéologues s'affairent sur les vestiges du port byzantin d'Eleutherion, fondé au IVe siècle. "Nous avons fait des découvertes essentielles qui apportent de nouveaux éclairages sur l'histoire de la ville", a annoncé le responsable des fouilles, Ismail Karamut, directeur des musées archéologiques d'Istanbul.

Parmi les découvertes: un pan d'une vingtaine de mètres de la muraille, jusque là connue uniquement par des textes d'auteurs anciens, de l'empereur Constantin. Lequel fit de Byzance la capitale de l'empire romain d'Orient et la renomma... Constantinople.

On y trouve aussi "un quai, plusieurs hypogées, des entrepôts, une nécropole, une poterne et un tunnel passant sous le port et donnant sur la mer", selon Ismail Karamut. Il s'agit en fait de tout un quartier autour du port d'Eleuthérion, qui a joué un rôle crucial dans l'approvisionnement de la ville en blé égyptien avant que son
ensablement progressif ne scelle son destin.

Autre découverte majeure: les chercheurs ont mis à jour, au cours des derniers mois, les vestiges de deux embarcations byzantines, portant à huit le nombre de navires exhumés dans le port. Ces bateaux ont coulé dans l'Eleuthérion au XIe siècle avec toute leur cargaison -amphores, marbres... Leurs coques, maintenues dans un bain perpétuel sur le site pour éviter leur effritement, apportent de riches enseignements aux spécialistes de l'histoire navale.

"Ils associent des techniques anciennes de construction, qui commencent par le revêtement puis continuent par la coque, et la technique moderne, encore en cours aujourd'hui, qui débute par l'ossature puis cloue la coque dessus", explique l'expert Cemal Pulak, de l'université américaine A&M du Texas. Parmi eux, "un des navires retrouvés est un exemple unique au monde d'embarcation [byzantine, ndlr] guerrière à rame", ajoute-t-il.

Outre le site de Yenikapi, dont une partie sera préservée et une autre convertie en gare-musée, les archéologues ont débuté des fouilles sur l'autre rive du Bosphore, à Üsküdar. Ils y ont notamment mis à jour "un bâtiment à abside du XIe ou XIIe siècle, avec des sépultures très spectaculaires", selon Aksel Tibet, membre de l'Institut français d'études anatoliennes et de l'Association des archéologues de Turquie. A ses yeux, Marmaray a remédié aux frustrations des chercheurs.

"Comme Istanbul est une ville historique de première importance, nous disposions d'abondantes sources écrites. Mais paradoxalement,comme elle est aussi une ville vivante, nous n'avions pas la possibilité de fouiller", explique-t-il. "Le projet Marmaray est une opportunité formidable. Sans lui, personne n'aurait par exemple osé fermer la place d'Üsküdar et empoisonner la vie de milliers de riverains".

Le monde anatolien est une région clé pour la préhistoire récente et la protohistoire du Proche Orient, où les recherches se sont considérablement développées ces trente dernières années avec des résultats particulièrement spectaculaires tant pour le Néolithique que pour l'Age du Bronze. Notre équipe est engagée dans plusieurs programmes, en collaboration avec l'Institut français d'études anatoliennes à Istanbul.

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